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Depuis quelques semaines, une même structure envahit mon fil LinkedIn :
« Bref, je suis manager »,
« Bref, j’ai changé de voie »,
« Bref, je suis CEO de moi-même »…
Chaque fois, je vois défiler des posts calqués sur la série « Bref », reprenant son gimmick narratif, l’antépiphore : une phrase d’ouverture répétée en clôture, pour donner au propos une allure définitive et circulaire.
J’ai fini par saturer… bref, j’ai eu envie de supprimer LinkedIn.
Ce phénomène illustre un mécanisme bien connu en communication : suivre une tendance, ou plutôt une isotopie culturelle.
Lorsqu’un message adopte un code partagé comme celui de « Bref », il devient plus immédiatement lisible, car la cible reconnaît un élément familier. Le message profite aussi d’un effet de halo médiatique : il surfe sur un courant dominant et gagne en visibilité.
Mais cette dynamique a ses limites.
D’un point de vue sémiologique, cette surreprésentation du même code mène à un isomorphisme mimétique : les messages deviennent interchangeables, les identités se brouillent, la différenciation s’efface.
Plus encore, la tendance est par nature éphémère.
Ce qui semble pertinent aujourd’hui peut être daté demain. La mode « Bref » d’aujourd’hui, ce sera peut-être le mème périmé de la semaine prochaine.
Enfin, il y a un risque de superficialité :
Le gimmick prend le pas sur le fond. Le message se bâtit sur une forme, déconnectée de son contenu.
Mais au bout du compte, en critiquant cette tendance tout en y participant, je contribue en réalité à son amplification. Et c’est précisément là que réside l’ambiguïté des logiques virales contemporaines.
Écouter l’épisode complet « Bref, j’ai eu envie de supprimer LinkedIn »
Et vous, que pensez-vous de ces réappropriations virales de codes culturels ?
Outil malin ou effet de saturation ?